Extrait | Placeco - mars 2026
Comment AE&T est passé de la pratique à la stratégie - Premium
Chez AE&T, les achats responsables existaient déjà dans les faits, sans être formalisés. Depuis un an, la PME industrielle de Jurançon a choisi de structurer ses pratiques pour mieux piloter ses fournisseurs et ses décisions.
L’expression revient souvent, dans la bouche des dirigeants de PME, lorsqu’il est question de RSE : « On le faisait depuis des années sans savoir que ça s’appelait comme ça. » Elle vaut aussi chez AE&T, PME industrielle jurançonnaise spécialisée dans les systèmes d’alarme industriels. « En tant qu’acheteurs, il y a beaucoup de choses qu’on faisait sans se rendre compte que l’on tendait vers les achats responsables », raconte Karine Jaureguy, responsable du service achats. Le déclic vient à la suite d’une conférence organisée par la CCI. « La notion d’achats responsables nous a percutés. C’était intéressant de voir tout ce qu’il était possible de faire », reprend-elle.
« On tendait déjà vers des pratiques plus responsables, mais sans réellement les formaliser, complète son collègue Jocelyn Durand. Ce n’est pas uniquement un sujet de mettre en place une charte, c’est surtout un accompagnement sur la manière de mieux acheter : se poser la question du besoin, privilégier le local, travailler de façon constructive avec nos fournisseurs », précise-t-il.
En janvier 2025, AE&T démarre un accompagnement individuel avec la CCI, à raison de cinq rendez-vous annuels. « Il n’y avait aucune obligation de la direction. C’était une volonté commune de mieux faire », souligne Jocelyn Durand. Les premières séances ont été consacrées à un état des lieux et à l’identification des enjeux prioritaires.
Pour Karine Jaureguy, cette démarche a profondément modifié les pratiques quotidiennes : « Ça m’a rendue plus professionnelle. On agit moins dans l’urgence, on se pose les bonnes questions. On a désormais un cadre, une méthodologie, des outils que je n’avais pas auparavant. »
Dépendance des fournisseurs
Le diagnostic initial a mis en lumière des pratiques déjà existantes mais peu formalisées. « On faisait beaucoup de choses sans arriver à les nommer ni à les relier entre elles », constate Jocelyn Durand. Il a également pointé des axes d’amélioration, notamment sur l’analyse du coût global d’un produit. « Au-delà du prix d’achat, il faut intégrer l’impact du transport, de l’emballage, ou encore les conséquences environnementales. »
La démarche a aussi renforcé le travail transversal en interne. « Les achats responsables ne concernent pas uniquement les achats produits, mais aussi tous les achats indirects. Cela légitime le fait de travailler avec l’ensemble des services et de partager ces notions », souligne Karine Jaureguy.
Parmi les actions engagées figure l’analyse du taux de dépendance des fournisseurs. « Lorsqu’un fournisseur réalise plus de 20% de son chiffre d’affaires avec nous, cela représente un risque pour lui comme pour nous. Il faut aborder le sujet avec pédagogie », explique Jocelyn Durand. AE&T travaille également sur la notation de ses fournisseurs afin de mieux suivre leur activité.
L’entreprise souhaite par ailleurs accompagner certains partenaires dans leur propre démarche RSE. « On ne considère plus le fournisseur uniquement comme un prestataire. Il y a un partage, la possibilité de les faire progresser avec nous », insiste Karine Jaureguy. Un questionnaire anonyme a été diffusé afin de recueillir les retours des fournisseurs, complété par des visites sur site.
Arbitrer entre coûts et engagements
AE&T intervient à la fois dans le négoce et la fabrication, avec des achats historiquement réalisés en Angleterre, où est basée l’entreprise mère, mais aussi en Asie pour certains composants, notamment les cartes électroniques. « Nous cherchons aujourd’hui des alternatives locales, par exemple pour le plastique rigide en France ou en Espagne, même si certaines filières restent difficilement relocalisables », précise Jocelyn Durand.
La démarche achats responsables s’articule avec un accompagnement RSE plus global, suivi par la direction, avec en ligne de mire la norme ISO 26000. « On choisit d’intégrer dès maintenant les critères RSE pour ne pas les subir plus tard comme une contrainte », conclut Jocelyn Durand.
Extrait de l’article diffusé dans Placéco le 06/03/26 par Léo Vidal-Giraud